La vieille église hantée

 

 

 

Depuis quelques semaines, mes lentilles cornéennes permanentes se font givrer par des protéines envahissantes et cela diminue temporairement ma vision. Dans l’attente d’une prochaine intervention au laser, j’ai pensé vous présenter un remake d’une expérience vécue avec des collaborateurs.

 

Octobre 1996

 

Le téléphone sonne et je me dirige au salon pour aller répondre. Un individu s’identifie, puis me demande si j’aide toujours les gens aux prises avec des manifestations surnaturelles. Je lui réponds que cela arrive dans certains cas et il s’empresse de demander mes services.

 

– J’ai un besoin urgent de votre aide monsieur Mainville ! déclare l’Individu qui se nomme Jack.
– Que vous arrive t-il ?
– La vieille église de 1872 que je viens d’acheter pour la transformer en salle de théâtre est hantée par des fantômes ! Mes employés ont peur de travailler sur le chantier !
– Ça me semble sérieux !
– Oui ! Des meubles se déplacent seuls, des employés se font pousser, il y a des coups frappés dans les murs, les portes claquent fortement et il y a de curieuses pannes d’électricité.
– Est-ce qu’il y a plusieurs présences ?
– Ils sont plusieurs et sont très bruyants ! Pouvez-vous faire quelque chose rapidement ?
– J’irai vous voir samedi prochain en compagnie de mes amis ! Mais, je ne vous promets rien au sujet des revenants !
– Je comprends ! À samedi !

 

Durant la semaine, j’informe Ginette et Philippe et toute suite, ils manifestent leur désir d’être présents. Le samedi suivant, le camion de nos amis s’immobilise dans l’entrée de la cour, puis Lucie et moi, nous embarquons dans le véhicule qui se dirige aussitôt vers le lieu du rendez-vous. Après deux heures de route, la fourgonnette arrive à une intersection et de l’autre côté de la rue, nous apercevons l’église anglicane construite tout près d’un vieux cimetière abandonné. L’édifice solitaire se dresse devant la croisée des chemins et domine un terrain délabré que la végétation s’efforce de reprendre. Dans le lieu de sépulture plusieurs pierres tombales usées par le temps gisent sur le sol couvert de feuilles.

 

– Ouf ! Ça fait lugubre comme endroit ! lance Ginette en regardant la vieille bâtisse érigée dans les années 1800. Je ne suis plus certaine de vouloir visiter la place !

 

Philippe stationne le camion dans le petit stationnement recouvert de gravier et en descendant du véhicule, nous jetons un coup d’œil au cimetière qui est à quelques mètres de nous. Puis, nous montons les vieilles marches et une fois sur le perron de l’église, je frappe à la grande porte arquée. Deux minutes passent et personne ne vient répondre.

 

– Ton client t’a oublié ! Il n’y a qu’une auto dans le stationnement et c’est la nôtre !
– Je doute beaucoup qu’il m’ait oublié ! dis-je.
– Allons frapper à la porte arrière ! suggère Lucie.

 

Quelques instants plus tard, nous longeons le cimetière en se dirigeant vers l’arrière de la bâtisse. Plus loin, on aperçoit l’automobile de Jack et un escalier qui mène au sous-sol de l’église. On descend les marches, puis on cogne à la porte qui s’ouvre peu de temps après. Notre hôte nous salue et nous invite à l’intérieur où il nous présente son ami Billy. Il s’empresse de nous faire visiter l’édifice et en marchant, il nous décrit les manifestations que lui et ses employés vivent depuis trois semaines. Dix minutes plus tard, nous revenons au point de départ et notre hôte nous offre de prendre place autour d’une table ronde.

 

– Où se déroule la majorité des manifestations ? dis-je.
– Ici ! répond-t-il en nous montrant de la main le sous-sol. Qu’allez-vous faire ?
– Attendre patiemment ! dis-je en invitant Jack et Billy à s’asseoir avec nous à la table.

 

Les minutes s’effritent lentement pendant que nous admirons silencieusement le décor du sous-sol en rénovation. Un système d’éclairage sophistiqué illumine la salle fraîchement peinte et un magnifique bar à boissons est aménagé au fond de la pièce. Soudain, au premier étage, nous entendons des bruits dans la nef de l’église. Nous distinguons les pas d’un enfant qui coure en se dirigeant vers l’escalier intérieur qui mène au sous-sol.

 

– Viens nous voir ! Nous sommes au sous-sol ! Dis-je à voix haute.

 

Quelques instants plus tard, nous entendons des pas dans les marches de l’escalier qui craque sous le poids de l’entité, puis l’éclairage commence à vaciller. Des frissons parcourent mon corps et les poils de mes bras se dressent rapidement. Une puissante manifestation surnaturelle se prépare et l’air ambiant se refroidit de façon remarquable. Je demande aux cinq personnes de poser leurs mains sur la surface de la table qui oscille aussitôt. Un espèce de courant électrique monte le long de ma colonne vertébral et se dirige vers le bout de mes doigts. Au même moment, l’image d’un jeune enfant se forme dans mes pensées. Le meuble se soulève d’un côté et bascule pour frapper le plancher afin d’épeler des lettres qui forment graduellement le prénom Daniel.

 

– Qui es-tu ?
– Daniel, le frère de Jack ! répond l’enfant.

 

Notre hôte surpris par cette présence, caresse la surface du meuble en versant des larmes. Billy prend la parole et nous explique que Daniel est décédé à l’âge de 6 ans dans un accident brutal. Je demande au frère aîné de poser des questions auxquelles seul son frérot peu répondre. Jack s’exécute et l’entité répond précisément aux interrogations. Soudain, plusieurs coups sont frappés dans la porte du sous-sol qui mène au cimetière comme si des gens insistaient pour pénétrer à l’intérieur.

 

– Qu’est-ce que c’est ? demande Ginette qui a les yeux grands ouverts en écoutant les coups répétitifs.
– Ce sont les fantômes des anciens concierges de l’église et gardiens des lieux ! répond le jeune Daniel.
– Combien sont-ils ? demande Lucie.
– Trois ! Le père, la mère et leur fis unique ! Ils sont morts il y a bien longtemps ! Ils sont en colère contre Jack parce qu’il veut transformer l’église, explique calmement Daniel malgré le vacarme régulier occasionné par les coups frappés dans la porte de l’escalier.

 

Je me dirige rapidement vers l’escalier extérieur en demandant aux entités de se calmer. Puis, j’ouvre prestement la porte en les invitant à l’intérieur pour écouter les explications du nouveau propriétaire. En regagnant mon siège, je demande à Jack de leur expliquer ce qu’il veut faire de l’endroit.

 

– C’est vrai que je veux apporter quelques modifications à l’église, mais je ne veux pas tout changer. Je désire que les pièces de théâtre se déroulent dans la nef qui sera uniquement restaurée. Je crois que je fais une bonne action, car cela fait maintenant cinquante ans que l’église est fermée ! Sans mon intervention, elle serait devenue une ruine ! De plus, je m’engage à entretenir le vieux cimetière !
– Qu’est-ce que vous en pensez ? demande Lucie.
– Nous sommes d’accord ! répondent les entités après un moment d’hésitation et après avoir épeler les lettres par l’intermédiaire de la table.

 

J’invite gentiment les nouveaux venus à demeurer avec nous pour écouter le jeune Daniel qui est heureux de parler à son frère aîné.

 

– Est-ce qu’il y a quelque chose que je peux faire pour toi Daniel ? demande Jack qui passe tendrement sa main sur la surface de la table.
– Tu n’es pas responsable de ma mort ! déclare Daniel à Jack qui éclate aussitôt en sanglots. Cesse de te culpabiliser ! C’était un accident !

 

Ginette tente de consoler Jack, mais elle ne peut retenir son chagrin et pleure à chaudes larmes. J’éprouve une très grande satisfaction en réalisant cette séance touchante et j’encourage Jack à continuer la conversation.

 

– Je t’aime Daniel ! dit Jack.
– Moi aussi ! Je t’aime beaucoup, mais le temps est venu de m’oublier ! Je suis heureux maintenant et tu dois l’être toi aussi mon frère ! Adieu grand frère !

 

La table s’immobilise subitement et la communication astrale est coupée avec le départ du jeune Daniel qui a quitté notre monde.

 

………….

 Jack se sentit enfin libéré de son lourd fardeau de culpabilité et n’a plus jamais eu de problèmes avec les gardiens de la place.

 

Roger Mainville – Plume-Parlante
Groupe Paracontacts
10 février 2018
(C)(R) www.paracontacts.com

 

 

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